Rendre l'état audible :
neurofeedback en boucle fermée avec NeuroEcho
NeuroSound · NeuroEcho, version de septembre 2026
Estimation optique et électroencéphalographique de l'état, référence personnelle, traduction musicale, micro-coupures et programme de recherche.
NeuroEcho transforme un téléphone en appareil de biofeedback sonore. La caméra suit le visage en 478 points, trente fois par seconde. Dans trois régions de peau, les variations infimes de couleur que produit chaque éjection du cœur donnent le pouls par photopléthysmographie à distance (méthode POS). Le mouvement du visage et la couleur de la peau donnent la respiration ; les paupières, l'iris et 52 coefficients d'expression donnent les clignements, la fermeture des yeux, la stabilité du regard et la tension du visage. Un casque EEG à quatre électrodes, facultatif, ajoute les rythmes cérébraux delta, thêta, alpha, bêta et gamma.
Chaque grandeur est comparée à la référence de la personne, mesurée pendant les soixante premières secondes, par une normalisation robuste (médiane et écart absolu médian). Des indices d'activation, d'apaisement, d'attention, de fatigue, de stabilité et de respiration en sont tirés ; l'objectif choisi les combine en une progression, qui ouvre une musique composée en quatre couches : les harmoniques s'enrichissent, l'espace s'élargit, puis une mélodie se révèle. Un algorithme de bandit apprend, séance après séance, les programmes sonores qui réussissent à chacun. En mode dynamique, des micro-coupures de 210 ms soulignent les transitions rapides de l'état. Ce mémoire décrit la chaîne complète, ses équations et ses constantes, puis formule sept hypothèses testables qui font de NeuroEcho un instrument de recherche en psychophysiologie appliquée.
1.Ce que l'on mesure, et pourquoi par la lumière
L'état d'une personne n'est pas une impression : il s'inscrit dans des grandeurs physiologiques que le système nerveux autonome règle en permanence. Quand l'organisme se mobilise, le cœur accélère, la respiration devient plus rapide et moins régulière, les muscles du visage se contractent, le regard se déplace davantage. Quand il récupère, le rythme cardiaque ralentit et oscille avec la respiration, le souffle s'allonge et se régularise, le visage se relâche. Le cerveau, de son côté, déplace son énergie entre ses rythmes : l'alpha domine la détente vigilante les yeux fermés, le rapport bêta sur thêta suit l'engagement attentionnel.
Le biofeedback repose sur un principe établi : une grandeur physiologique rendue perceptible en temps réel devient apprenable. L'organisme ne contrôle pas volontairement son rythme cardiaque, mais il apprend à retrouver l'état qui fait évoluer un retour perceptif dans le sens voulu. La qualité de cet apprentissage dépend de trois conditions : un retour continu, un retour contingent (il répond à l'état et à rien d'autre), et un retour non intrusif, qui ne mobilise pas l'attention qu'il cherche à apaiser.
NeuroEcho répond à ces trois conditions par deux choix. Le retour est musical : une musique qui s'ouvre se reçoit les yeux fermés, sans lecture de chiffres, et l'oreille perçoit un changement de timbre sur des durées où l'œil ne voit qu'une courbe bruitée. La mesure est optique : une caméra ordinaire mesure le pouls, la respiration, les yeux et le visage sans capteur posé sur la peau. Le système classique de biofeedback cardiaque exige une pince d'oreille ou une ceinture thoracique ; NeuroEcho ne demande qu'un téléphone posé face à soi. Le casque EEG, facultatif, étend la mesure à l'activité électrique du cortex.
2.La chaîne de mesure optique
2.1 Capture et horloge
La caméra est ouverte en 1280 × 720 à 30 images par seconde, exposition et balance des blancs verrouillées dès que l'appareil le permet : une exposition automatique qui corrige l'image à chaque battement efface le signal qu'on cherche. Chaque image est datée par l'horloge du capteur (requestVideoFrameCallback) et non par l'horloge du programme : une image traitée en retard garde son instant réel de capture. Les signaux physiologiques sont ensuite rééchantillonnés sur une grille régulière, condition de toute analyse spectrale juste.
2.2 Le visage en 478 points
Un réseau de neurones embarqué (MediaPipe Face Landmarker) reconstruit à chaque image la surface du visage en 478 points tridimensionnels, dont dix pour les deux iris, et estime 52 coefficients d'expression calqués sur les unités d'action du système FACS d'Ekman et Friesen. L'inférence s'exécute sur le processeur graphique du téléphone ; aucune image ne quitte l'appareil. Les points servent à trois usages : délimiter les régions de peau pour le pouls, mesurer les mouvements de la tête et du regard, et lire les expressions.
2.3 Blocs de caractéristiques
Les caractéristiques lentes (pouls, respiration, clignements, regard, tension) sont calculées sur des fenêtres glissantes et publiées une fois par seconde, sous forme de blocs horodatés qui portent chacun leur propre indice de qualité. Les caractéristiques rapides du mode dynamique (§ 13) sont publiées toutes les 100 ms. Cette séparation des échelles de temps est essentielle : un pouls s'estime sur douze secondes, une micro-expression dure un dixième de seconde.
3.Le pouls par la couleur de la peau
À chaque systole, le volume de sang dans les capillaires du derme augmente. L'hémoglobine absorbe fortement le vert : la peau renvoie un peu moins de lumière verte à chaque battement. La variation relative est de l'ordre de 0,1 à 1 %, invisible à l'œil mais mesurable en moyennant des milliers de pixels. C'est le principe de la photopléthysmographie à distance, démontré par Verkruysse en 2008 avec une simple caméra et la lumière ambiante.
3.1 Trois régions de peau
Le front et les deux joues sont délimités par des polygones de points du visage, resserrés de 12 à 15 % vers leur centre pour exclure les sourcils, les cheveux et les ailes du nez. Ces trois régions sont les plus riches en capillaires superficiels et les plus stables face aux expressions. Pour chaque image, on calcule la moyenne des canaux rouge, vert et bleu sur l'ensemble des pixels des trois régions.
3.2 Projection orthogonale à la peau (POS)
Le signal brut de chaque canal mélange trois composantes : le pouls, la variation d'intensité de l'éclairage et la réflexion spéculaire due aux mouvements. La méthode POS de Wang et collaborateurs (2017) les sépare par un argument de géométrie. Après normalisation temporelle, les variations d'intensité se déplacent le long de la direction du ton de peau ; on projette donc le signal sur un plan orthogonal à cette direction, où seules subsistent les variations de teinte liées au sang :
S1 = Gn − Bn, S2 = −2Rn + Gn + Bn
h = S1 + (σ(S1) / σ(S2)) · S2 μC : moyenne du canal sur une fenêtre de 1,6 s ; σ : écart type. Le rapport σ(S1)/σ(S2) règle, fenêtre par fenêtre, le mélange des deux projections qui annule la distorsion résiduelle. Les fenêtres successives sont centrées puis additionnées avec recouvrement.
3.3 Du signal au rythme cardiaque
Les échantillons de couleur, datés irrégulièrement, sont rééchantillonnés à 30 Hz sur une fenêtre de 12 secondes. Le signal h traverse un passe-bande de 0,7 à 3,5 Hz, soit 42 à 210 battements par minute, puis un périodogramme sur 4096 points. La fréquence du pic donne le pouls ; le rapport entre l'énergie autour du pic et l'énergie du reste de la bande donne sa netteté :
RSB = 10 log10 ( Σ|f − fc| ≤ 0,1 P / Σreste P ) Au-dessus de 4 dB, le pouls est net ; au-dessous de −4 dB, il est noyé. Entre les deux, la qualité croît linéairement. En deçà de 18 images par seconde, la mesure du pouls est suspendue : la bande cardiaque n'est plus correctement échantillonnée.
La variation du pouls d'une fenêtre à l'autre fournit en outre un indice d'instabilité cardiaque, qui entre dans l'indice de stabilité (§ 8).
4.Respiration, yeux et visage
4.1 La respiration sans capteur
Respirer déplace le visage : la cage thoracique soulève les épaules, le cou et la tête de quelques dixièmes de millimètre à chaque inspiration. Respirer module aussi le pouls et le volume sanguin cutané. NeuroEcho exploite deux signaux candidats sur une fenêtre de 32 secondes : la position verticale du nez, divisée par la distance entre les yeux pour s'affranchir de la distance à la caméra, et le canal vert des régions de peau. Les deux sont rééchantillonnés à 10 Hz et filtrés entre 0,1 et 0,5 Hz, soit 6 à 30 respirations par minute. Le candidat retenu est celui dont le spectre est le plus concentré :
La régularité n'est pas un sous-produit : c'est une grandeur physiologique en soi. Un souffle régulier et lent entraîne l'arythmie sinusale respiratoire, oscillation du rythme cardiaque synchrone de la respiration, qui traduit l'activité du nerf vague.
4.2 Les yeux
La fermeture de chaque œil est lue dans les coefficients d'expression. Un clignement est une fermeture qui franchit 0,55 puis redescend sous 0,40 (hystérésis) en moins de 500 ms. Sur une fenêtre de 60 secondes, on en tire la fréquence de clignement, la durée médiane des clignements, et le PERCLOS, proportion du temps où la fermeture dépasse 0,80. Le PERCLOS est l'indicateur de somnolence de référence depuis les travaux de Dinges et Grace (1998) ; la durée des clignements s'allonge avec la fatigue avant même que leur fréquence ne change.
4.3 Le regard
La position des iris, rapportée aux coins des yeux, donne la direction du regard. Son instabilité est la norme des écarts types horizontal et vertical sur 5 secondes. La perte de regard est la proportion d'images, sur 10 secondes, où le visage n'est pas détecté ou tourné de plus de 0,35 radian. Un regard qui se tient sur le point central est la signature comportementale de l'attention soutenue ; un regard qui erre, celle de la dispersion.
4.4 La tension du visage
La tension est la moyenne de huit coefficients d'expression qui traduisent une contraction : abaissement des sourcils, plissement des yeux, pression des lèvres et froncement du nez, à gauche et à droite. Ces unités d'action (AU4, AU6-7, AU9, AU24 dans la nomenclature FACS) accompagnent la concentration contrainte, l'effort et l'inconfort. Leur relâchement est l'un des premiers signes visibles de la détente.
4.5 Les yeux fermés
Plusieurs objectifs se pratiquent les yeux fermés. Les mesures qui dépendent des yeux (clignements, PERCLOS, regard) sont alors retirées du calcul et non mises à zéro : l'attention et la fatigue ne sont plus calculées, et les indices restants renormalisent leurs poids sur les grandeurs disponibles (§ 8).
5.La qualité du signal
Une mesure optique n'est jamais bonne par défaut. La lumière, le cadrage, le mouvement et la cadence de la caméra varient d'une seconde à l'autre. NeuroEcho calcule donc, pour chaque bloc, un indice de qualité global (SQI, de 0 à 100) à partir de six composantes :
| Composante | Poids | Critère |
|---|---|---|
| Visage | 0,20 | Visage détecté, largeur supérieure à 18 % de l'image. |
| Lumière | 0,20 | Luminance de la peau entre 45 et 215, moins de 8 % de pixels saturés. |
| Mouvement | 0,20 | Vitesse de la tête inférieure à 0,35 largeur de visage par seconde. |
| Pouls | 0,25 | Netteté du pic cardiaque, de −4 à +4 dB. |
| Yeux | 0,05 | Iris suivis (yeux ouverts). |
| Continuité | 0,10 | Visage suivi sur au moins 80 % des images. |
Sans visage net (composante inférieure à 0,3), le SQI est plafonné à 10. Chaque caractéristique porte en outre sa qualité propre : le pouls exige 55, la respiration 40, les autres 50. Sous un SQI de 45, l'état est figé à sa dernière valeur fiable et la musique cesse de s'adapter, sans s'arrêter. Un mauvais signal n'est jamais interprété : c'est la condition de la contingence du retour. La personne entend alors une musique stable, et l'écran indique la correction à faire (lumière, cadrage, immobilité).
6.La voie électroencéphalographique
Le casque Muse 2 porte quatre électrodes sèches, deux frontales (AF7, AF8) et deux temporales (TP9, TP10), référencées au milieu du front, échantillonnées à 256 Hz et transmises en Bluetooth basse consommation par paquets de douze échantillons codés sur 12 bits. NeuroEcho dialogue directement avec le casque depuis le navigateur, décode les paquets et vérifie leur numéro de séquence : chaque perte est comptée, et les trous ne sont jamais interpolés dans l'analyse.
6.1 Filtrage et découpage
Chaque voie traverse un passe-bande de 1 à 45 Hz et un réjecteur à 50 Hz (60 Hz sur les réseaux américains). L'analyse porte sur une fenêtre de 4 secondes découpée en segments de 1 seconde. Un segment est rejeté comme artefact s'il contient :
| Artefact | Critère | Origine |
|---|---|---|
| Clignement | crête à crête > 150 µV sur AF7/AF8, énergie surtout basse | Potentiel cornéo-rétinien du globe oculaire. |
| Saturation | > 800 µV | Électrode décollée ou mouvement brusque. |
| Voie plate | < 0,8 µV | Absence de contact. |
| Tension musculaire | énergie 25-45 Hz / totale > 0,35 | Mâchoire, front ou tempes contractés. |
| Perte Bluetooth | trou dans la séquence | Liaison radio. |
Le spectre de puissance est la moyenne des spectres des segments propres (méthode de Welch). La qualité d'une voie est la proportion de segments propres, pondérée par la qualité du contact ; sous 45 sur 100, la voie est écartée. Une électrode détachée ne bloque jamais le reste : la mesure continue sur les voies valides.
6.2 Les grandeurs
fα = arg maxf ∈ [8 ; 13] P(f), Rβ/θ = P(β) / P(θ)
FAA = ln Pα(AF8) − ln Pα(AF7) Puissances relatives : indépendantes de la qualité absolue du contact. Pic alpha individuel : marqueur stable d'un sujet à l'autre. Asymétrie alpha frontale (FAA) : une valeur positive traduit une activation relative plus forte du cortex frontal gauche, associée par Davidson à la motivation d'approche.
Les puissances bêta et gamma, les plus exposées aux muscles, voient leur qualité réduite en proportion de l'indice de tension musculaire. L'objectif « Alpha détente » suit la puissance alpha relative, « Concentration » le rapport bêta sur thêta, grandeur étudiée depuis trente ans en neurofeedback de l'attention.
7.La référence personnelle
Un pouls de 72 battements par minute ne dit rien isolément : il est bas pour l'un, élevé pour l'autre, et varie d'un jour à l'autre chez la même personne. NeuroEcho ne compare donc jamais une mesure à une norme de population. Chaque séance commence par une calibration de 60 secondes, dont les 12 premières sont écartées (le temps que la personne s'installe et que les fenêtres de mesure se remplissent). Sur les blocs de qualité suffisante, au moins 20, on calcule pour chaque grandeur sa médiane et son écart absolu médian (MAD), deux estimateurs robustes insensibles aux valeurs aberrantes :
Un plancher MADmin est fixé pour chaque grandeur (2 bpm pour le pouls, 1 respiration par minute, 2 clignements par minute, 0,015 pour l'alpha relatif). Sans ce plancher, une personne très immobile pendant la calibration produit un MAD presque nul, et la moindre variation ultérieure passe pour un écart extrême. Le plancher fixe la plus petite variation physiologiquement significative.
8.Des mesures aux indices d'état
Les grandeurs normalisées se combinent en six indices, chacun dans [0, 1], 0,5 désignant l'état de référence. Toutes les combinaisons sont des moyennes pondérées qui ignorent les grandeurs indisponibles et renormalisent les poids restants ; la part des poids réellement couverte est conservée comme couverture de l'indice.
Respiration = ½ (1 − nFR) + ½ nrégularité
Stabilité = 1 − [0,35 · min(1, 4 σ30 s(Activation)) + 0,25 (1 − nrégularité) + 0,20 nvar. tête + 0,20 ninstab. pouls]
Apaisement = 0,35 (1 − Activation) + 0,25 Respiration + 0,20 (1 − ntension) + 0,20 Stabilité
Attention = 0,40 (1 − nregard) + 0,30 (1 − ntête) + 0,15 (1 − 2|nclign. − ½|) + 0,15 (1 − nperte)
Fatigue = 0,35 nPERCLOS + 0,25 ndurée clign. + 0,15 · 2|nclign. − ½| + 0,15 nperte + 0,10 nhochement La fréquence de clignement entre par son écart à la référence, dans les deux sens : trop de clignements signale l'inconfort, trop peu la fixation contrainte. Attention et fatigue ne sont pas calculées les yeux fermés.
Les indices sont recalculés toutes les 3 secondes et lissés par une moyenne exponentielle de constante de temps 9 secondes : assez vite pour suivre un changement d'état, assez lentement pour ignorer un geste isolé. Quand le casque EEG et la caméra fonctionnent ensemble, un moteur de fusion combine les sources indice par indice, chaque source pesant sa confiance, calculée à partir de son SQI et de la part des grandeurs disponibles. Une source dont le signal devient insuffisant cesse aussitôt de contribuer : un casque décroché ne prolonge jamais une vieille valeur pendant que la caméra, elle, reste fiable.
9.De l'état à la musique
9.1 La progression vers l'objectif
Chaque objectif définit une combinaison des indices, sa cible. La progression TP en est la moyenne pondérée, dans [0, 1] :
| Objectif | Cible | Durée |
|---|---|---|
| Apaisement | 0,45 Apaisement + 0,30 Stabilité + 0,25 (1 − Activation) | 12 min |
| Attention | 0,50 Attention + 0,25 Stabilité + 0,25 (1 − Fatigue) | 10 min |
| Détente yeux fermés | 0,50 Apaisement + 0,30 Stabilité + 0,20 (1 − Activation) | 12 min |
| Respiration apaisée | 0,50 Respiration + 0,25 Stabilité + 0,25 (1 − Activation) | 20 min |
| Récupération profonde | 0,40 Apaisement + 0,30 (1 − Activation) + 0,15 Stabilité + 0,15 Respiration | 30 min |
| Alpha détente (EEG) | hausse de l'alpha relatif | 12 min |
| Concentration (EEG) | hausse du rapport bêta sur thêta | 10 min |
| Apaisement complet | 0,60 alpha (EEG) + 0,25 Apaisement + 0,15 Stabilité | 12 min |
9.2 La récompense
La progression n'est retenue que si sa confiance, produit de la confiance de l'état et de la couverture de la cible, atteint 0,4. Elle est alors lissée en récompense r par une moyenne exponentielle de 20 secondes, et une décision audio est prise toutes les 20 secondes. Ce rythme lent est délibéré : un retour qui réagit à chaque fluctuation apprend à l'organisme à poursuivre le bruit ; un retour qui suit la tendance lui apprend à retrouver un état.
9.3 La correspondance sonore
La récompense passe par une courbe en S, puis règle cinq paramètres du mixage :
gharm = 0,15 + 0,65 s, gtexture = 0,45 − 0,42 s, largeur = 0,6 + 0,3 s, réverbération = 0,12 + 0,15 s
fcoupure = 2600 · (9000 / 2600)s Hz La couche de base reste constante : la personne ne perd jamais le sol sonore. La fréquence de coupure varie de façon exponentielle, parce que l'oreille perçoit les hauteurs sur une échelle logarithmique. Chaque changement est lissé sur 6 à 9 secondes.
À récompense basse, la musique est sombre, étroite et granuleuse ; à récompense haute, elle est brillante, large et harmonique. La mélodie obéit à une hystérésis : elle apparaît quand la récompense reste au-dessus de 0,55 pendant 15 secondes, et disparaît sous 0,50. Elle récompense un état tenu, jamais un pic. Son volume croît ensuite de 0,10 à 0,55 avec la récompense.
9.4 Une boucle, deux constantes de temps
Le délai entre une décision et son application au son est inférieur à 10 millisecondes ; le délai entre un changement d'état et sa pleine traduction musicale est de l'ordre de la demi-minute. La première constante garantit la contingence ; la seconde règle l'apprentissage sur l'échelle de temps des régulations autonomes, celle où le baroréflexe, la respiration et le tonus vagal se réorganisent.
10.La matière sonore
La musique de retour est composée en quatre couches superposées, en ré majeur, à 60 battements par minute, sur des boucles de 64 secondes : une base grave et tenue, des harmoniques qui enrichissent le spectre, une mélodie et une texture granuleuse qui porte l'inconfort. Les quatre couches sont lues de façon synchrone à l'échantillon près, de sorte qu'aucune ne se décale sur une séance de trente minutes. Elles sont livrées sans perte (FLAC) : les codages AAC et MP3 ajoutent en début et en fin de fichier un silence qui casse la continuité d'une boucle.
Le tempo de 60 battements par minute place la pulsation musicale à 1 Hz, dans la zone du rythme cardiaque de repos ; le système nerveux tend à se synchroniser sur une pulsation perçue, et une pulsation proche du repos invite l'organisme à y descendre. La largeur stéréo est réglée par un traitement milieu-côtés, l'espace par une réverbération à convolution, et un limiteur final protège l'oreille. Un second bus, indépendant du retour, diffuse les séquences NeuroSound® : c'est l'objet du paragraphe suivant.
11.Apprendre ce qui réussit à chacun
11.1 Juger un programme sonore
Pendant une séance, NeuroEcho essaie plusieurs programmes sonores NeuroSound®. Chacun est jugé sur la pente de la progression pendant qu'il joue, estimée par l'estimateur de Theil-Sen, médiane des pentes entre toutes les paires de points : robuste, il ignore jusqu'à 29 % de points aberrants. Mais une séance d'apaisement s'apaise d'elle-même avec le temps ; un programme joué en fin de séance hérite d'une pente qu'il n'a pas produite. La pente est donc corrigée d'un a priori de dérive, la pente spontanée moyenne mesurée sur les séances précédentes de la même personne pour le même objectif :
11.2 Un bandit d'une séance à l'autre
Choisir l'ordre des programmes est un problème d'exploration et d'exploitation : jouer celui qui a le mieux réussi, ou en essayer un moins connu, dont le potentiel reste à mesurer. NeuroEcho le résout par un bandit à borne de confiance supérieure (UCB1) :
Seuls les segments d'au moins une minute, mesurés sur au moins 60 % de leur durée, alimentent l'apprentissage. Au fil des séances, la rubrique « Ce qui vous réussit » fait apparaître la signature musicale de la personne.
12.Le souffle guidé
L'objectif « Respiration apaisée » affiche un guide de 7 respirations par minute, inspiration sur 40 % du cycle (3,4 s), expiration sur 60 % (5,1 s). Ce rythme s'appuie sur la fréquence de résonance du système cardiovasculaire décrite par Vaschillo et Lehrer : autour de 0,1 Hz, soit 4,5 à 7 respirations par minute, l'oscillation du rythme cardiaque induite par la respiration entre en phase avec celle du baroréflexe, et son amplitude devient maximale. L'expiration allongée renforce la part vagale du cycle.
Le guide est placé à 7 respirations par minute, soit 0,117 Hz, et non à 6 : la bande d'analyse respiratoire commence à 0,1 Hz, et un rythme posé exactement sur sa borne se mesure avec moins de justesse. La progression de cet objectif est portée pour moitié par l'indice de respiration : la musique s'ouvre quand le souffle mesuré ralentit et se régularise par rapport à la référence. Le guide propose, la mesure vérifie.
13.Le mode dynamique et les micro-coupures
Le mode dynamique renverse la logique de l'objectif. La musique ne suit plus une progression : elle reste stable, et de brèves interruptions soulignent les instants où l'état change rapidement. Une interruption est un événement saillant : le système nerveux y répond par un réflexe d'orientation, décrit par Sokolov, qui suspend l'activité en cours et remet à jour le modèle de l'environnement. Placée au moment d'une transition, la coupure signale à l'organisme son propre changement, sans lui prescrire de direction.
13.1 Détecter une transition
Chaque caractéristique rapide est comparée à sa propre dynamique des 60 dernières secondes, par la médiane et le MAD glissants. Les écarts se combinent en un score quadratique :
| Source | Caractéristiques et poids | Cadence |
|---|---|---|
| EEG | puissance log thêta 0,8, alpha 1, bêta 0,8 sur 0,5 s ; écart pris en valeur absolue | 125 ms |
| Caméra | micro-expression 1, vitesse du regard 0,8, soupir 0,7, clignement 0,6, secousse de tête 0,5 | 100 ms |
La caméra ne voit pas le cerveau ; elle voit les marqueurs comportementaux rapides d'un changement d'état : le départ d'une micro-expression, une saccade du regard, un soupir (ample variation de la position du visage), le début d'un clignement. Côté EEG, un clignement, une contraction musculaire ou un changement dans l'ensemble des voies valides bloquent le déclenchement : ces événements produisent des écarts spectaculaires sans rien dire de l'activité corticale.
13.2 La coupure
La musique de retour descend à zéro en 15 ms, se tait 180 ms, remonte en 15 ms. Les rampes suppriment le clic d'une coupure franche ; 180 ms est assez long pour être perçu sans ambiguïté, assez court pour ne pas rompre le flux musical. La coupure porte sur le retour, après la réverbération, et épargne par défaut le bus NeuroSound®. Une période réfractaire de 4 secondes, un plafond de 8 coupures par minute et 30 secondes d'apprentissage initial empêchent toute rafale.
13.3 Le contrôle
Le réglage « Contrôle » produit le même nombre de coupures, soumises aux mêmes règles, mais placées au hasard (processus de Poisson, 4 par minute). Il fait de chaque utilisateur un sujet d'expérience possible : comparer une série de séances dynamiques à une série de séances contrôle isole l'effet du moment de la coupure de celui de la coupure elle-même (§ 14, H4). Sur 10 minutes d'EEG synthétique contenant 12 transitions, le détecteur en retrouve 10 à 11 avec 0 à 0,2 fausse alerte par minute.
14.Hypothèses et programme de recherche
NeuroEcho mesure, sur un téléphone, des grandeurs que la psychophysiologie observe d'ordinaire en laboratoire, avec des capteurs de contact : pouls, respiration, oculométrie, expression, rythmes cérébraux. Chaque séance produit une série temporelle horodatée, associée à un objectif, à des programmes sonores et à la chronologie exacte des décisions audio. Nous formulons sept hypothèses testables avec cet instrument.
H1. La caméra d'un téléphone mesure le pouls avec la justesse d'un capteur de contact
La méthode POS atteint en laboratoire une erreur moyenne de quelques battements par minute. Nous prédisons qu'avec le verrouillage de l'exposition, les trois régions de peau et le filtrage par l'indice de qualité, l'erreur absolue moyenne de NeuroEcho reste inférieure à 3 bpm sur les blocs de SQI supérieur ou égal à 70, pour toutes les carnations, et que l'indice de qualité prédit l'erreur : la corrélation entre SQI et erreur absolue est négative et significative.
Protocole : 60 participants répartis sur les six types de Fitzpatrick, séances de 12 minutes avec ceinture thoracique ECG en référence, trois éclairages. Mesure : erreur absolue moyenne, diagramme de Bland-Altman, erreur par classe de SQI.
H2. Le souffle guidé entraîne la résonance cardiaque, et la caméra la voit
À 7 respirations par minute, l'oscillation du rythme cardiaque synchrone du souffle s'amplifie. Nous prédisons que la puissance du pouls optique à 0,117 Hz est multipliée par deux à trois entre la calibration et la dixième minute de l'objectif « Respiration apaisée », et que l'ouverture de la musique (récompense) est corrélée à cette amplitude, bien que cette oscillation n'entre pas dans la cible. La caméra devient alors un instrument de biofeedback de la variabilité cardiaque sans capteur.
Protocole : 40 participants, deux séances de 20 minutes, guide à 7/min puis respiration libre, ordre contrebalancé. Analyse : spectre du pouls optique en fenêtres glissantes de 60 s, comparaison à l'ECG de référence.
H3. La boucle fermée apaise davantage que la même musique sans boucle
Nous prédisons que la pente d'apaisement corrigée de la dérive est au moins deux fois plus forte quand la musique répond à l'état que lorsqu'elle suit une évolution enregistrée chez une autre personne (retour factice), à musique, durée et consignes identiques, et que l'écart se creuse entre la première et la cinquième séance : c'est la signature d'un apprentissage, non d'un simple effet de la musique.
Protocole : essai croisé en double aveugle, 5 séances réelles et 5 séances factices par participant, rejeu d'un enregistrement apparié pour le retour factice. Critère : pente corrigée de l'indice d'apaisement, pouls et respiration de fin de séance.
H4. Le moment de la coupure compte plus que la coupure
Nous prédisons qu'une micro-coupure placée sur une transition détectée est suivie, dans les 10 secondes, d'une réorganisation de l'état plus ample qu'une coupure placée au hasard : baisse transitoire de la puissance alpha, puis retour vers un niveau plus stable, et diminution de la variabilité de l'activation sur la minute suivante. Sur une série de séances, le mode dynamique réduit le nombre de transitions détectées par minute ; le mode contrôle ne le réduit pas.
Protocole : séances alternées dynamique et contrôle, analyse en potentiels liés à l'événement sur les enregistrements rapides conservés pour le rejeu. Mesure : réponse moyenne à la coupure, taux de transitions par minute au fil des séances.
H5. Chaque personne a une signature musicale stable
Nous prédisons que le bandit converge en cinq séances au plus vers un programme dont la pente corrigée reste positive, que ce classement se reproduit à un mois d'intervalle (fidélité test-retest supérieure à 0,6), et que les signatures se regroupent en quelques profils, liés à la fréquence respiratoire de repos et au pic alpha individuel.
Protocole : 12 séances par participant sur deux mois, ordre des programmes laissé au bandit, puis 4 séances à ordre imposé pour vérifier le classement. Analyse : corrélation de rangs, classification non supervisée des signatures.
H6. Le visage annonce ce que l'EEG mesure
Les séances « Apaisement complet » enregistrent simultanément l'EEG et la caméra. Nous prédisons que la hausse de l'alpha relatif est précédée de 10 à 30 secondes par une baisse de la tension du visage et du PERCLOS stabilisé, et qu'un modèle entraîné sur ces séances hybrides prédit l'alpha relatif à partir des seules grandeurs optiques avec une corrélation supérieure à 0,5. La caméra seule devient alors un estimateur d'état cortical.
Protocole : 30 participants, 6 séances hybrides chacun. Analyse : corrélation croisée décalée entre grandeurs optiques et EEG, modèle de régression validé par participant exclu.
H7. La pratique déplace la référence elle-même
La référence est mesurée à chaque séance, au début. Nous prédisons qu'après quatre semaines de pratique régulière, cette référence de début de séance se déplace : fréquence respiratoire de repos plus basse, tension du visage plus faible, asymétrie alpha frontale plus positive. L'effet d'une pratique de biofeedback ne se lit pas seulement pendant la séance, mais dans l'état avec lequel la personne y arrive.
Protocole : 3 séances par semaine pendant 4 semaines. Analyse : modèle mixte sur les valeurs de calibration, participant en effet aléatoire, comparaison à un groupe en liste d'attente.
Le sens d'une boucle fermée
Une musique adaptative n'est pas une playlist qui change selon l'humeur : c'est un miroir. En rendant audible, de seconde en seconde, une grandeur que l'organisme règle sans en avoir conscience, NeuroEcho donne à cette régulation un objet de perception, et donc une prise. La sonification transforme une mesure en expérience ; la boucle fermée transforme l'expérience en apprentissage. La prochaine étape consiste à laisser la musique elle-même évoluer avec la personne : composer, à partir de sa signature (H5) et de la dérive de sa référence (H7), une matière sonore qui lui appartient, et mesurer si une musique ainsi accordée accélère l'apprentissage par rapport à une musique commune. NeuroEcho fournit à la fois le stimulus, la mesure et le registre de l'expérience.
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